Guelord Mbaenda

La “débrouille” dans les services de l’Etat

Publié dans Gouvernance by Guelord Mbaenda sur avril 4th, 2008

Une certaine culture dans l’administration publique au Congo (erronée bien sûr !) veut qu’un bon fonctionnaire est celui qui sait conjuguer à l’intention de ses supérieurs, le verbe « manger » au subjonctif présent (Je manges – tu manges, tu manges – tu manges, il mange – tu manges, …) et qui sait donc s’intégrer au dispositif mis en place par un quelconque club de fonctionnaires pour engraisser leurs maigres primes mensuelles et faire fructifier, sur le dos du petit citoyen, la sueur de leur front qu’ils jugent sous rémunérée par l’Etat.

La pratique est répandue des bureaux de l’administration aux entreprises publiques en passant par les cours et tribunaux et la police et s’est presque retrouvée incorporée aux règles et procédures. Le citoyen qui s’avise de recourir à l’un de ces services doit avoir les moyens de payer, en plus des frais réglementaires et même là où les services sont en principe gratuits, une infinité d’autres petits frais aux appellations souvent curieuses comme « l’usage du stylo » (N’ayez pas peur, cinq ou dix dollars suffiront!), « la signature du chef » (Qui est toujours absent) et une «motivation » pour le fonctionnaire qui vous reçoit. Aucun reçu, aucune écriture pour constater ces entrées d’argent et dès que l’administré a le dos tourné, les fonctionnaires s’empressent de se partager le pactole. Les caisses de l’Etat, elles, luisent de vide.

L’obsession du « manger » est devenue tellement forte que les procédures classiques et réglementaires sont abandonnées, laissant les services publics devenir de véritables terrains de chasse pour particuliers. Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre dans les bureaux de n’importe quel service public. Vous y trouverez des cadres rayonnants, élégamment vêtus, exhalant des parfums chers, avec de grosses voitures parquées devant le bâtiment de service  (généralement délabré). Ces fonctionnaires restent souvent debout (si pas carrément à l’extérieur) pour ne pas salir leurs somptueux habits en s’asseyant sur les meubles branlants et poussiéreux ou en touchant trop aux classeurs envahis par des toiles d’araignée. Vos impressions seront à la mesure du contraste. Un secrétaire minable est souvent le seul être stoïque. Courbé sur sa machine à écrire, il endure. Oser défaillir dans la conjugaison du verbe « manger »? Ca, jamais! Cela l’exposerait à découvrir, à ses dépens, à quelle vitesse s’abattent les foudres de la hiérarchie.

Leave a Reply