Guelord Mbaenda

Professeur ou faussaire?

Publié dans Gouvernance by Guelord Mbaenda sur mars 20th, 2008

Goma. Quartier populaire de Birere. Nous avons réussi à pénétrer dans la petite maison qui sert de chambre à coucher et d’atelier au « Professeur » Jean-Noël qui fait trop parler de lui ces derniers temps auprès des jeunes. Ce jeune congolais de 29 ans n’a cependant rien de professeur au-delà de cette appellation purement fantaisiste que lui ont attribué plusieurs habitants du quartier en reconnaissance des prestations un peu particulières fournies aux uns et aux autres. Ces prestations, on les devine facilement lorsqu’on découvre la pile de documents vierges (diplômes, permis de conduire, certificats médicaux,…) et du tas de sceaux amoncelés sur deux tables. Jean-Noël est ce qu’il conviendrait d’appeler, sous d’autres cieux bien sûr, un faussaire. Sauf qu’ici, c’est plutôt en sauveur, en « dépanneur » qu’il est considéré.

Il y a six ans de cela que le « Professeur », aidé par de quelques copains et de proches, a collecté des spécimens de documents, signatures et sceaux officiels qu’il reproduit aujourd’hui aussi fidèlement que possible. Ses premiers clients étant parvenus à tromper qui un employeur, qui un examinateur, qui un inspecteur, avec d’impressions faux dossiers confectionnés par le faussaire, la clientèle de celui-ci s’est agrandie sensiblement et comprend aujourd’hui, outre les chercheurs d’emploi qui sont les plus nombreux, des élèves du secondaire, des étudiants, des hommes d’affaires,… tous en quête de faux bien faits pour contourner des lois, des décisions administratives et autres obligations qu’ils ne désirent tout simplement pas honorer.

Même si une grande part de la responsabilité de cette situation engage les services officiels de délivrance de tels documents, qui demeurent sclérosés par des lenteurs exagérées, la corruption et le rançonnement des administrés, il y a aussi lieu de voir dans la prolifération et la prospérité d’individus comme Jean-Noël, le goût de la facilité, la complaisance et le libertinage qui se sont ancré dans les mentalités des congolais. Pourtant un coup terrible à la culture du travail, du mérite et de l’excellence.

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