La “débrouille” dans les services de l’Etat
Une certaine culture dans l’administration publique au Congo (erronée bien sûr !) veut qu’un bon fonctionnaire est celui qui sait conjuguer à l’intention de ses supérieurs, le verbe « manger » au subjonctif présent (Je manges – tu manges, tu manges – tu manges, il mange – tu manges, …) et qui sait donc s’intégrer au dispositif mis en place par un quelconque club de fonctionnaires pour engraisser leurs maigres primes mensuelles et faire fructifier, sur le dos du petit citoyen, la sueur de leur front qu’ils jugent sous rémunérée par l’Etat.
La pratique est répandue des bureaux de l’administration aux entreprises publiques en passant par les cours et tribunaux et la police et s’est presque retrouvée incorporée aux règles et procédures. Le citoyen qui s’avise de recourir à l’un de ces services doit avoir les moyens de payer, en plus des frais réglementaires et même là où les services sont en principe gratuits, une infinité d’autres petits frais aux appellations souvent curieuses comme « l’usage du stylo » (N’ayez pas peur, cinq ou dix dollars suffiront!), « la signature du chef » (Qui est toujours absent) et une «motivation » pour le fonctionnaire qui vous reçoit. Aucun reçu, aucune écriture pour constater ces entrées d’argent et dès que l’administré a le dos tourné, les fonctionnaires s’empressent de se partager le pactole. Les caisses de l’Etat, elles, luisent de vide.
L’obsession du « manger » est devenue tellement forte que les procédures classiques et réglementaires sont abandonnées, laissant les services publics devenir de véritables terrains de chasse pour particuliers. Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre dans les bureaux de n’importe quel service public. Vous y trouverez des cadres rayonnants, élégamment vêtus, exhalant des parfums chers, avec de grosses voitures parquées devant le bâtiment de service (généralement délabré). Ces fonctionnaires restent souvent debout (si pas carrément à l’extérieur) pour ne pas salir leurs somptueux habits en s’asseyant sur les meubles branlants et poussiéreux ou en touchant trop aux classeurs envahis par des toiles d’araignée. Vos impressions seront à la mesure du contraste. Un secrétaire minable est souvent le seul être stoïque. Courbé sur sa machine à écrire, il endure. Oser défaillir dans la conjugaison du verbe « manger »? Ca, jamais! Cela l’exposerait à découvrir, à ses dépens, à quelle vitesse s’abattent les foudres de la hiérarchie.
Ces terrains qui grandissent : Parcelles mouvantes
Dans le centre de la ville de Goma, ne trouve pas une parcelle à acheter ou maison à louer tout celui qui le veut. De nouvelles zones de peuplement naissent à la périphérie ouest de la ville, offrant des parcelles et de logements à des prix bas, mais l’insécurité y est la plus vive et les terrains proposés sont le plus souvent conflictuels. Du coup, les candidats acquéreurs et locateurs ont pris peur et s’attachent désormais à l’espoir de trouver un jour un terrain ou une maison dans le centre de la ville.
Ces nécessiteux n’attendent plus longtemps car, depuis peu, certains habitants de la ville, alléchés par les perspectives de profits que présente cette situation, semblent avoir trouvé un moyen plus que facile (et rentable!) de répondre à la demande : ces génies de la survie agrandissent leurs parcelles en empiétant sur des terrains voisins inoccupés, sur la voie publique et en repoussant les barrières naturelles. Ces terrains à dimensions variables se retrouvent surtout dans la zone autour du Mont Goma où les propriétaires de parcelles environnantes, faisant fi des dangers potentiels, s’attaquent à la montagne pour faire sortir des mètres supplémentaires sur lesquels ils érigent de nouveaux bâtiments qu’ils offrent ensuite en location ou qu’ils vendent tout simplement à des personnes cherchant des terrains.
Ailleurs, la circulation est perturbée par des maisons trônant en plein milieu de certaines artères dans les quartiers résidentiels et même commerciaux. Les services d’urbanisme des affaires foncières ne disent rien face à cette explosion de constructions anarchiques. Mais quand on entend dire que leur aveuglement serait l’effet des dollars reçus en échange de titres fonciers octroyés frauduleusement, il n’y a plus de raison de s’étonner de voir ces services, qui représentent l’Etat en la matière, laisser Goma devenir la championne des culs-de-sac, de maisons superposées et de conflits fonciers interminables. Dans l’entre-temps, où passera-t-on, Messires du Cadastre?
Professeur ou faussaire?
Goma. Quartier populaire de Birere. Nous avons réussi à pénétrer dans la petite maison qui sert de chambre à coucher et d’atelier au « Professeur » Jean-Noël qui fait trop parler de lui ces derniers temps auprès des jeunes. Ce jeune congolais de 29 ans n’a cependant rien de professeur au-delà de cette appellation purement fantaisiste que lui ont attribué plusieurs habitants du quartier en reconnaissance des prestations un peu particulières fournies aux uns et aux autres. Ces prestations, on les devine facilement lorsqu’on découvre la pile de documents vierges (diplômes, permis de conduire, certificats médicaux,…) et du tas de sceaux amoncelés sur deux tables. Jean-Noël est ce qu’il conviendrait d’appeler, sous d’autres cieux bien sûr, un faussaire. Sauf qu’ici, c’est plutôt en sauveur, en « dépanneur » qu’il est considéré.
Il y a six ans de cela que le « Professeur », aidé par de quelques copains et de proches, a collecté des spécimens de documents, signatures et sceaux officiels qu’il reproduit aujourd’hui aussi fidèlement que possible. Ses premiers clients étant parvenus à tromper qui un employeur, qui un examinateur, qui un inspecteur, avec d’impressions faux dossiers confectionnés par le faussaire, la clientèle de celui-ci s’est agrandie sensiblement et comprend aujourd’hui, outre les chercheurs d’emploi qui sont les plus nombreux, des élèves du secondaire, des étudiants, des hommes d’affaires,… tous en quête de faux bien faits pour contourner des lois, des décisions administratives et autres obligations qu’ils ne désirent tout simplement pas honorer.
Même si une grande part de la responsabilité de cette situation engage les services officiels de délivrance de tels documents, qui demeurent sclérosés par des lenteurs exagérées, la corruption et le rançonnement des administrés, il y a aussi lieu de voir dans la prolifération et la prospérité d’individus comme Jean-Noël, le goût de la facilité, la complaisance et le libertinage qui se sont ancré dans les mentalités des congolais. Pourtant un coup terrible à la culture du travail, du mérite et de l’excellence.
Quel avenir pour les déplacés du Nord-Kivu?
La zone de Mugunga, à une dizaine de kilomètres de Goma, voit affluer depuis septembre 2007 des populations déplacées fuyant les atrocités quotidiennes des hommes de Nkunda et d’une multitude d’autres groupes armés opérant dans les territoires de Masisi et de Rutshuru au Nord-Kivu.
Entassés dans des abris faits de branches, de feuillages et de sacs en plastique et confrontés à la famine et à des maladies, ces personnes déplacées, dont certains sont recherchés individuellement par les tueurs de Nkunda jusque dans les camps (menaces de mort, enlèvements, « disparitions »,…) n’ont aucune raison de se faire le moindre espoir que leur situation pourra s’améliorer bientôt et qu’ils pourront retourner chez eux.
Ces craintes sérieuses se justifient par la volonté manifeste de Nkunda et des supporters politiques et militaires de son mouvement d’occuper définitivement les terres qu’ils envahissent après la fuite des populations et d’y installer des mystérieux réfugiés congolais qui seraient au Rwanda et pour lesquels le mouvement dit se battre. Les déclarations des délégués de Nkunda lors de la trop controversée Conférence de Goma sur la Paix, la Sécurité et le Développement des Provinces du Nord et du Sud Kivu ont dissipé les derniers doutes qui pouvaient encore planer pour certains quant à ce plan que plusieurs déplacés assimilent à un complet odieux et qui n’est rien d’autre qu’un complot contre la paix, la sécurité et le développement.
En effet, même s’il s’avérait que les réfugiés dont Nkunda se targue d’être le protecteur soient réellement Congolais, comment un esprit raisonnable s’expliquerait-il qu’on cherche leur bien en vouant d’autres Congolais à une vie d’errance et de souffrance comme c’est bien le cas actuellement avec les déplacements massifs des territoires de Masisi et Rutshuru ? Là réside toute l’escroquerie des arguments fallacieux de Nkunda et toute personne animée par la bonne volonté devrait condamner et cette campagne de violence et ses auteurs.
Le sort des réfugiés ne doit pas être le fonds de commerce d’une bande qui n’a en réalité aucun souci humanitaire mais plutôt faire l’objet d’une enquête indépendante dans le respect des procedures internationales de manière à mettre un terme à une campagne de récupération politique visant à semer la confusion pour se créer une légitimitée déséespérée et cautionner ainsi ce qui n’est ni plus ni moins qu’un génocide à l’encontre des plusieurs tribus du Nord-Kivu.
Au commencement…
Alors que j’amorce l’écriture de ce journal, il me semble de la plus haute importance d’exposer brièvement les raisons à la base de cet engagement, et surtout du choix de recourir à ce nouvel outil(il l’est pour moi) qu’est le journal électronique dans ma démarche.
UHURU Project est un essai de contribution à une meilleure connaissance de la situation de l’Est de la République démocratique du Congo à travers la promotion de moyens de communication électroniques et la promotion de nouvelles formes d’expression qui mobilisent les individus à la base et leur permettent de jouer un rôle important dans le travail pour la restauration de la paix, le développement démocratique et le rélevement socio-économique de l’Est de la République démocratique du Congo en particulier, et de la région de Goma en particulier.
